Violence conjugale
Je n’en reviens pas encore des féminicides…
Ça m’attriste profondément…
C’est une réalité que je connais, ça aurait pu être moi!!
Oui,
Moi!
Je me rappelle être face à une femme âgée d’une cinquantaine d’années, discuter avec elle dans un local au centre-ville, et l’entendre me dire : « Attends-tu qu’il te tue? » « T’attends quoi pour partir? »
« Il te dit qu’il va te tuer! Ça te prend quoi de plus pour partir? »
C’était vrai, ça faisait plusieurs mois que le soir avant de me coucher, il me disait qu’il était sûr à 98 % que je le trompais et que dès qu’il aurait la preuve, il me tuerait! Chaque soir.
Il menaçait de me tuer.
Il était tellement violent, et j’en avais tellement l’habitude que je ne voyais même pas la gravité des mots, je ne voyais pas le danger. Je n’en parlais pas. Je ne voulais pas que les gens sachent. J’avais HONTE!!
J’avais honte d’être dans une relation que je savais toxique. J’avais honte de voir et d’être consciente de ce qui se passe et de rester.
J’étais consciente que ce que je vivais était malsain. Mais il avait passé des années à me « laver le cerveau ». Ce qu’aujourd’hui, je sais reconnaître comme de l’emprise.
Des années à me faire croire que JE suis le problème,
JE suis responsable de ses colères,
JE suis responsable de sa jalousie,
JE suis responsable des coups que je reçois puisque, selon lui, c’est TOUJOURS moi qui le pousse ou le frappe en premier.
C’est DE MA FAUTE s’il est violent avec moi.
Je n’avais pas à me plaindre, puisque pleins de femmes rêvaient d’être à ma place.
D’avoir la chance d’être à la maison, de m’occuper des enfants, de ne pas avoir à travailler.
De vivre dans une « prison dorée ».
De toute façon, j’étais ignorante, je n’avais même pas terminé mon secondaire, je venais d’un milieu défavorisé, je ne connaissais rien à la vie (il avait 8 ans de plus que moi et il était très intelligent)…
Il passait son temps à me rappeler que sans lui « je serais à la rue ».
Que les seuls hommes qui s’approcheraient de moi le feraient juste « pour mon c$l », parce que c’était la seule chose qui pouvait attirer un homme chez moi, mon corps.
Il m’a détruite intérieurement en m’éloignant de tous ceux qui m’aimaient sincèrement.
J’ai fini par croire son discours… je l’ai cru!!!
Je suis devenue sa marionnette.
Il m’a façonnée.
Et devant cette dame, cette intervenante, directrice d’une maison d’hébergement pour femmes victimes de violence, qui voyait tous les signaux précurseurs d’un drame,
J’étais… inerte.
Je n’avais pas d’émotion.
Je ne réalisais pas l’ampleur de ma situation.
Je ne voyais pas la gravité de la violence que je subissais chaque jour depuis des années.
Le danger était devenu mon quotidien.
Alors, je comprends comment on se sent quand on est prise dans une relation de violence conjugale.
Quand on est face à un homme qui croit qu’il nous possède et qu’on lui appartient.
Je comprends comment on peut se retrouver prise au piège. Comment on peut ressentir de la honte de s’être fait prendre.
Comment la honte peut nous empêcher de parler, de demander de l’aide…
Je sais,
Je comprends…
J’ai traversé cette épreuve.
Que les femmes victimes de féminicides reposent en paix.
Que leur histoire ne soit pas oubliée.
Et que, pour celles qui sont encore prises dans l’emprise, une petite voix intérieure puisse un jour dire :
« Je mérite de vivre. »
« Je peux partir. »
Et que la prochaine arrive à partir à temps.

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