La peur de vivre
Si on m’avait dit, il y a 3 ans : « Tu vas retrouver goût à la vie » ou « Tu vas voir, tu vas oser essayer de nouvelles choses seule », j’aurais probablement levé les yeux au ciel.
Voyons donc, moi essayer de nouvelles affaires SEULE ? Je n’avais jamais fait ça !
M’inscrire à un nouveau cours SEULE, aller manger dans un nouveau resto SEULE, aller dans une retraite sans connaître quelqu’un, faire de la randonnée SEULE, partir en voyage SEULE, prendre l’avion SEULE, aller au cinéma SEULE, aller camper SEULE…
Pour vrai, je n’y aurais jamais cru !
Parce que j’étais remplie de peurs.
Peur de ne pas savoir comment agir, peur d’être jugée, peur d’être rejetée, peur de me perdre, peur de me tromper, peur de faire une erreur, peur qu’on m’attaque, peur qu’on me blesse, peur D’AVOIR PEUR !
Au fond, j’avais peur de ma tête, peur de ma solitude, peur d’être seule confrontée à mes pensées.
Je n’étais pas en paix avec moi-même… ma solitude m’effrayait.
Être seule face à mes pensées était dangereux.
Être seule avec mes pensées voulait dire souffrance.
Il y a tellement longtemps que j’avais été seule, et ce n’étaient jamais de bons moments.
Seule, j’avais mal. Je souffrais. Je ressentais un vide en moi. Une sensation de lame de couteau qui découpe lentement mon cœur en morceaux.
Cette sensation qui donne envie de mourir pour que ça s’arrête… c’est physique. Ça fait mal !!!
Et cette douleur-là, on a vraiment l’impression que personne ne peut la comprendre.
Personne ne peut ressentir comme on ressent.
Et plus ça fait mal, plus on se sent seul. Et plus on se sent seul, plus ça fait mal.
On a l’impression qu’il n’y a pas d’issue. Qu’on n’y arrivera jamais. Qu’on n’a pas droit au bonheur. Que notre vie sert à la souffrance.
On ne connaît plus d’autre sensation que le vide et la détresse.
De l’extérieur, tout paraît beau et bien, mais au fond… c’est noir.
Et soit on a mal, soit on ne sent plus rien.
Le néant.
Parce que, pour s’en sortir, on finit par comprendre que si on se déconnecte de notre corps, on pourra avoir une vie « normale ».
Alors on prend un rôle.
Le rôle du parent.
Le rôle du conjoint.
Le rôle du bon employé.
Le rôle de la bonne amie.
De l’extérieur, tout semble bien.
Conjoint, enfants, maison, carrière…
Mais le vide est là.
Il est TOUJOURS là.
On se sent vide.
L’envie de mourir n’est plus là, mais l’envie de vivre non plus.
La joie… c’est quoi, la joie ?
Comment on fait pour rire aux éclats ?
Pourquoi ma vie est remplie et que je me sens encore vide ?
Pourquoi ai-je fait tout ce que tout le monde attendait de moi sans réussir à me sentir heureuse ?
Pourquoi, entourée de gens, je me sens si seule et incomprise ?
Ces questions-là sont revenues tellement souvent dans ma tête…
Ceux qui m’ont connue récemment ne se doutent certainement pas que cette noirceur ait pu m’habiter aussi longtemps.
Aujourd’hui, j’apprécie la vie.
Je goûte la vie.
Je ressens la vie.
Je me nourris de la vie.
Je souris.
Je ris.
Je chante.
Je danse.
Aujourd’hui, j’ai compris quelque chose d’essentiel.
Le bonheur n’est pas arrivé le jour où j’ai trouvé quelqu’un pour remplir le vide.
Il a commencé à apparaître le jour où j’ai cessé de fuir ma propre compagnie.
Le jour où j’ai accepté de m’asseoir avec moi-même.
D’écouter mes pensées.
D’accueillir mes blessures.
D’arrêter de me battre contre ce que je ressentais.
Aujourd’hui, je pars seule en randonnée et je me sens libre.
Je m’assois devant un lac et je me sens pleine plutôt que vide.
Je prends l’avion seule et je ressens de l’excitation plutôt que de la peur.
Je découvre des endroits nouveaux, des gens nouveaux, des expériences nouvelles.
Mais surtout, je découvre encore et encore celle que je suis.
Parce qu’aujourd’hui, ma solitude n’est plus un ennemi.
Elle est devenue un refuge.
Un espace où je peux respirer.
Un espace où je peux me retrouver.
Un espace où je peux enfin être en paix avec moi-même.
Et j’ai envie de vous partager, au cours des prochaines semaines, mon chemin.
Celui que j’ai pris pour devenir celle que je suis aujourd’hui.
Et celui que je continue de marcher vers celle que je serai demain.

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