hypervigilance
Ayant vécu longtemps dans ma tête, éloignée de mes émotions, il m’arrive d’y retourner sans trop m’en rendre compte.
Vivre dans ma tête, analyser mon environnement, analyser les gens, les comprendre, sentir l’énergie des autres, leur ton de voix, leur respiration, leurs mouvements… c’est ce qui m’a permis de survivre.
J’ai appris assez récemment que je pouvais être en sécurité dans mon corps et me permettre de ressentir certaines émotions. Que j’avais le droit d’être triste ou blessée et que je ne risquais pas de mettre en danger mes relations si j’étais vulnérable.
Parce que, pour moi, être vulnérable, c’est devenir un poids pour les autres.
Si j’ose dire que je ne vais pas bien, on me verra comme quelqu’un de brisé, quelque chose à réparer, et je n’aime pas cette image.
J’apprends doucement à habiter mon corps et à me traiter avec amour et compassion. À reconnaître que certaines blessures existent bien au fond de moi et que ça ne fait pas de moi quelqu’un de trop brisé, quelqu’un à réparer, quelqu’un d’impossible à aimer.
Mais croyez-moi, j’ai beau le savoir, j’ai encore du mal avec l’intégration du concept.
Il m’arrive encore de me perdre dans ma tête en refusant d’accepter certaines émotions comme légitimes. Je retourne en état d’hypervigilance. Je redeviens méfiante avec les gens, surtout envers ceux que j’aime.
Certaines de mes émotions ont été invalidées quand j’étais enfant. Ma détresse passait inaperçue. Je me suis sauvée moi-même en étant forte, en attaquant avant d’être attaquée, en me défendant violemment.
La colère était mon bouclier. C’est elle qui me protégeait.
Parce que la colère “agressive”, celle qui utilise les cris ou la force pour se manifester, elle fait peur aux gens. Et elle nous offre la sensation de pouvoir, la sensation de respect, la sensation de justice.
Pour une personne comme moi, qui a ressenti la perte de pouvoir, le manque de respect et l’injustice profonde, c’était justifié.
J’ai dénoncé des agressions se*uelles à l’âge de douze ans, que je subissais depuis ma toute petite enfance, et on ne m’a pas crue. On m’a forcée à dire que j’avais menti. On m’a dit d’en revenir.
Alors oui, je souffre d’une profonde blessure d’injustice et d’incompréhension.
Aujourd’hui, je suis consciente de l’origine de cette blessure. Je sais qu’il arrive que ces blessures s’activent, surtout dans mes relations intimes, puisqu’elles viennent prendre la place de nos parents dans notre système d’attachement.
Alors, chaque fois que je me sens incomprise, traitée injustement, je réagis. Je suis en mode réactif.
Je réagis à la douleur de ma blessure qui n’est pas encore guérie.
J’ai beau être consciente, j’ai beau le voir, il m’arrive encore d’être activée. Certains facteurs viennent amplifier la réactivité, comme la fatigue, le stress, les fluctuations hormonales…
Je deviens de plus en plus apte à me réguler, à repérer quand je suis activée, quand c’est une blessure qui parle ou quand c’est autre chose.
Mais je ne suis qu’au début de ce chemin.
Avec le temps, quelque chose est devenu plus clair en moi.
Quand je me sens incomprise, j’ai tendance à vouloir convaincre, vouloir avoir raison, sur-expliquer pourquoi je pense comme ci ou comme ça. Je voudrais tellement être comprise.
En thérapie, ça m’a frappée : c’était la petite Stéphanie de 12 ans, blessée, celle qui n’a pas été vue, qui n’a pas été crue, qui hurle pour qu’on la comprenne et qu’on la voie enfin.
La sur-explication, la sur-analyse, la confrontation, c’est mon mécanisme de survie.
Je veux tellement être comprise que je parle avec ma tête, parce que mes émotions n’ont pas été validées quand j’étais enfant. Alors, je ne passe pas par les émotions pour m’exprimer quand je suis activée.
Sauf qu’aujourd’hui, je commence à voir que cette partie de moi qui souffre d’incompréhension ne guérira pas en utilisant son mécanisme de survie.
Elle doit accepter de revenir dans son corps et nommer comment elle se sent.
Blessée. Incomprise. Comme si elle n’avait pas de valeur. Comme si elle n’était pas aimée. Comme si elle n’était pas respectée.
Parce que c’est de cette manière qu’il est possible de connecter avec notre partenaire et de permettre, finalement, la guérison de nos blessures.
Le partenaire n’a pas besoin de tout comprendre au final. Il a juste besoin d’être présent, d’accueillir la vulnérabilité et d’être à l’écoute.
Cette réalisation-là est toute récente pour moi.
Je croyais encore récemment que, pour me sentir comprise, je devais convaincre et avoir raison.
Mais non…
Ça ne m’a jamais vraiment apaisée.
Ce qui m’a apaisée, c’est de parler de comment je me sens au lieu de parler de logique avec ma tête.
Ce comportement m’éloignait de mon cœur et de ceux que j’aimais aussi.
J’avais oublié de communiquer par la porte de mon cœur et de mes émotions. De prendre le temps de respirer et de ressentir.
J’étais tellement prise dans l’analyse, dans la tentative d’être comprise à 100 %, que j’ai perdu de vue ce qui comptait vraiment : la connexion.
Aujourd’hui, je ne veux plus seulement être comprise.
Je veux être rencontrée.
Et pour ça, j’apprends à parler avec mon cœur, pas seulement avec ma tête.
Maintenant que j’y ai mis un peu plus de lumière, je souhaite que mes connexions soient plus alignées avec qui je suis réellement : la fille empathique, souriante, sensible, joyeuse et dans son cœur.

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